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herbicides dans l'eau

La France occupe une place paradoxale au sein de l’Union européenne et sur la scène mondiale. Reconnue pour la richesse de ses terroirs, la diversité de ses paysages et l’excellence de son agriculture, elle est simultanément l’un des plus grands consommateurs de produits phytosanitaires de la planète. Avec plus de 60 000 tonnes de produits phytosanitaires utilisés chaque année, la France est l’un des plus gros utilisateur mondial de pesticides, une intensité dictée par un modèle agricole productiviste très ancré.

Cependant, cette protection intensive des cultures a un coût environnemental et sanitaire invisible mais redoutable. Appliqué par pulvérisation, ils contaminent l’environnement, se diffusent dans les cours d’eau et polluent les nappes phréatiques. Sous l’effet du vent lors des épandages, puis par les mécanismes de ruissellement lors des épisodes pluvieux et par l’infiltration progressive à travers les sols, ces substances chimiques finissent par saturer le cycle de l’eau.

La prédominance des herbicides dans les eaux de surface

Au premier plan de cette pollution diffuse, ce sont les herbicides qui sont les plus fréquents dans les bilans de surveillance des milieux aquatiques. Conçus pour éliminer les plantes indésirables (adventices) en compétition avec les cultures, ces composés possèdent des propriétés physico-chimiques qui facilitent leur transfert vers les réseaux hydrographiques.

Voici les principaux herbicides retrouvés dans les eaux de surface en France et leurs usages traditionnels dans l’agriculture :

  • Le Glyphosate et son métabolite l’AMPA : Herbicide total non sélectif le plus utilisé au monde. En agriculture, il sert au désherbage total avant les semis (techniques sans labour), ainsi qu’en viticulture, en arboriculture et pour l’entretien des espaces non agricoles (voies ferrées, bords de routes).

  • Le S-Metolachlor : Principalement utilisé en pré-levée pour la culture du maïs, du tournesol et du soja. Il constitue l’un des contaminants les plus fréquemment quantifiés dans les rivières des grandes régions céréalières.

  • La Terbuthylazine : Autre herbicide de la famille des triazines, massivement employé en relais ou en association pour la culture du maïs.

  • L’Isoproturon et les phénylurées : Historiquement appliqués sur les grandes cultures céréalières d’hiver (blé, orge) pour lutter contre les graminées adventices, ils persistent malgré des restrictions d’usage.

Le fantôme du passé : l'Atrazine et ses métabolites persistants

L’un des aspects les plus préoccupants de la contamination des ressources aquatiques réside dans la présence de substances pourtant interdites depuis de longues années. Certains herbicides ne sont plus utilisés depuis des dizaines d’années mais continuent d’être parmi les plus fréquemment détectés, notamment l’atrazine.

L’atrazine et de ses métabolites

Introduite massivement dans les années 1960, l’atrazine a été l’herbicide roi pour la culture du maïs en France. En raison de sa toxicité potentielle et de sa propension à migrer vers les nappes phréatiques, son interdiction officielle a été prononcée en France dès 2003 (et généralisée dans l’Union européenne). Pourtant, ses résidus, et plus particulièrement ses produits de dégradation (ses métabolites tels que la déséthylatrazine ou la 2-hydroxyatrazine), continuent d’apparaître massivement dans les analyses d’eau.

Les raisons d’une telle persistance

La persistance de l’atrazine et de ses métabolites s’explique par plusieurs facteurs géologiques et chimiques majeurs :

  1. L’inertie des réservoirs souterrains : Les eaux souterraines profondes ont des temps de renouvellement très lents. L’eau chargée en atrazine qui s’est infiltrée dans les sols dans les années 1980 et 1990 poursuit son lent cheminement dans les aquifères et continue d’alimenter les sources et les rivières actuelles.

  2. La stabilité des métabolites : Lorsque l’atrazine se dégrade, elle se transforme en molécules filles (les métabolites) qui se révèlent souvent plus stables et plus mobiles dans l’eau que la molécule mère elle-même, échappant ainsi aux processus naturels d’atténuation.

Le rôle clé des analyses de LODIAG pour la protection de l'eau

Face à la multiplication de ces micropolluants – qu’il s’agisse de molécules actuelles ou de résidus historiques invisibles –, les contrôles conventionnels ne suffisent plus à garantir la sécurité sanitaire.

Les analyses de LODIAG permettent de mettre en évidence cette pollution de nos ressources en eau et de l’eau de consommation. En s’appuyant sur des technologies de pointe comme la chromatographie couplée à la spectrométrie de masse haute résolution (HRMS), LODIAG offre une approche non ciblée et exhaustive. Cette méthode permet non seulement d’identifier la complexité des cocktails chimiques présents dans le milieu naturel, mais aussi de vérifier l’efficacité des traitements de potabilisation pour garantir une eau de consommation saine et conforme aux exigences de santé publique.

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